La goutte d'eau… les larmes… la rage et la tristesse.
30 minutes dans le noir, coincée dans son fauteuil roulant, dans un ascenseur KONE en panne depuis plus d'un an.
C'est la rentrée de Paola, en prépa à Blanche de Castille.
Dégoûtée, elle rentre chez elle en bus mais la rampe d'accès PMR ne fonctionne plus. Elle attendra le suivant, dans 20 minutes.
Sa sœur Brune, elle, entame sa Terminale à Saint Jean Hulst. Sans AESH — comme plus de 90 élèves des Yvelines cette rentrée — alors que la MDPH lui a accordé le maximum d'heures, vu la gravité de sa maladie neuro-dégénérative.
Résultat : elle doit demander à ses amies de l'aider pour tout. Enlever son manteau. Ouvrir sa trousse. L'accompagner aux toilettes. Plusieurs fois par jour. Pas par plaisir, par nécessité. Et à chaque fois il faut demander à des amies, qui le font souvent de bon coeur. Mais au bout d'un moment, c'est gênant...
Alors elle décide de boire moins. La sanction est rapide : 4 hospitalisations, 10 jours et 8 nuits perdus, un calcul rénal formé faute d'hydratation, 2 pyélonéphrites...
Voilà le quotidien d'une personne en fauteuil roulant, en France, en 2026.
20 ans après la loi de 2005 sur l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, le bilan est accablant :
→ Accessibilité : l'échéance légale de 2015 est dépassée depuis 11 ans. Écoles, mairies, gares, immeubles restent inaccessibles, "agendas programmés" après "agendas programmés".
→ AESH : des heures accordées par la MDPH, sur le papier. Introuvables dans la réalité, faute de recrutement. Des dizaines de milliers d'enfants comme Brune, réduits à la survie en milieu scolaire, à la merci de la disponibilité de leurs amis...
→ Considération du handicap : toujours en fin de discours, jamais la priorité, oublié une fois les caméras rangées.
7,6 millions de personnes handicapées. 9,3 millions d'aidants qui les portent à bout de bras, seuls, sans que personne ne se sente jamais concerné.
Alors un mot à ceux qui nous gouvernent, dirigent nos écoles, gèrent nos collectivités, possèdent les entreprises qui entretiennent nos ascenseurs (poke Pierre-Gaël Chantereau)
:
Arrêtez de mentir sur ce sujet.
La loi existe déjà. Appliquez-la. Les heures d'AESH sont déjà décidées. Pourvoyez-les. Les ascenseurs sont signalés en panne depuis un an. Réparez-les.
Ce n'est pas une nouvelle loi qu'il faut. C'est le courage de faire respecter celle qui existe — avant que cette goutte d'eau ne devienne un déluge de larmes, de rage et de tristesse pour tout un pays vieillissant et pour qui la dépendance et la prise en charge du handicap devient un sujet de santé publique primordial.
#Handicap #Accessibilité #AESH #Loi2005 #Inclusion #Éducation