Un boulanger ferme. Pas parce qu’il ne vend plus.
Pas parce que son pain est mauvais.
Pas parce que les clients ont déserté.
Il ferme parce qu’on lui ordonne de remplacer ses outils en bois. Ceux avec lesquels il façonne son pain depuis des années. Ceux qui ont fait sa réputation. Déclarés « non conformes ».
Six semaines.
Sinon : amendes. Poursuites.
Sa boutique est pleine. Les clients attendent dès l’aube. Mais pour satisfaire à des exigences administratives hors sol, il faudrait investir des dizaines de milliers d’euros qu’il n’a pas. Alors il choisit de baisser le rideau plutôt que de s’enchaîner à une dette insensée.
Demain, il pointera aux aides sociales.
Sa fille, qui travaillait avec lui, sera au chômage.
Voilà la réalité.
Des artisans qui se lèvent à 3 heures du matin pour nourrir un quartier entier.
Des commerces de proximité qui font vivre nos centres-villes.
Sacrifiés au nom d’une conformité technocratique incapable de distinguer un atelier artisanal d’une usine industrielle.
On parle de relocalisation, de circuits courts, de traditions françaises.
Mais dans les faits, on étouffe ceux qui incarnent précisément ces valeurs.
À force d’empiler des normes sans mesurer leur impact, on ne modernise pas un pays. On le vide de ses forces vives.
La question n’est plus seulement celle d’un boulanger.
C’est celle du modèle que l’on accepte.